Un accord d’entreprise peut réserver certains avantages aux seuls syndicats représentatifs, sans méconnaitre le principe constitutionnel d’égalité.
Rappel des faits :
En l’espèce, un accord d’entreprise prévoyait l’attribution d’un budget annuel de fonctionnement réservé aux seuls syndicats représentatifs, ainsi qu’une négociation avec ceux-ci des modalités d’affichage syndical.
Un syndicat représentatif dans un établissement mais non au niveau de l’entreprise contestait cet accord en invoquant une rupture d’égalité et en demandant l’ouverture d’une concertation sur les modalités d’affichage.
Sa demande a été rejeté par les juges de la Cour de Cassation.
Qu’est-ce que la représentativité syndicale ? :
En droit du travail, la représentativité syndicale se définit comme la capacité juridique d’un syndicat à négocier et signer des accords collectifs qui s’appliqueront à tous les salariés. Pour être reconnue comme représentatif, le Code du travail impose 7 critères cumulatifs :
• Le respect des valeurs républicaines
• L’indépendance
• La transparence financière
• Une ancienneté minimale de 2 ans
• L’influence
• Les effectifs d’adhérents et les cotisations perçues
• L’audience électorale
Par cette représentativité obtenue, l’organisation syndicale va obtenir des droits attachés puisqu’il va notamment se positionner comme négociateur principal dans l’entreprise. Cette reconnaissance de droits supplémentaires ne va pas à l’encontre du principe de neutralité de l’employeur qui lui impose de traiter l’ensemble des organisations syndicales de manière strictement égale et impartiale.
Des avantages obtenus par accord d’entreprise :
Dans la présente affaire, les juges de la Cour de Cassation est venu réaffirmer une jurisprudence de 2012 dans laquelle il avait été affirmé qu’une clause d’accord collectif plus favorable que la loi pouvait subordonner l’octroi d’avantages à des syndicats à une condition de représentativité, sans violer le principe d’égalité.
L’arrêt du 8 juillet 2026 précise ici que la représentativité constitue un critère objectif, vérifiable par les résultats des élections professionnelles et directement lié à l’objet de l’avantage : le financement et l’exercice du dialogue social.
De fait, un accord d’entreprise peut donc traiter différemment les syndicats représentatifs et les syndicats non représentatifs, dès lors que cette différence est objectivement justifiée.
Des limites à respecter :
A cette occasion, des limites doivent néanmoins être observées :
• L’avantage doit être prévu par un accord négocié et signé, et non institué de manière discrétionnaire par l’employeur
• La condition de représentativité doit être claire, objective et contrôlable : par exemple, un seuil d’audience aux élections du CSE
• La différence de traitement doit être justifiée par rapport à l’avantage concerné, elle ne peut servir de couverture à une discrimination ou une atteinte au droit syndical.
• Les syndicats non-représentatifs conservent leurs droits légaux propres, notamment en matière d’affichage, de distribution de tracts et de réunions, mais peuvent être exclus d’avantages conventionnels supplémentaires réservés aux syndicats représentatifs
Cass. Soc. 8 juillet 2026, n°25-11.262

